François Langlois - Commissaire de la circonscription no. 8 à la C. s. des Chênes
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Publié le dimanche 12 avril 2009

Dimanche 12 avril 2009

La ministre dit non aux écoles autonomes

Michelle Courchesne     Photo: Radio-Canada

 

Tommy Chouinard     La Presse

(Québec) Michelle Courchesne refuse de confier plus de pouvoir aux écoles comme le propose un collectif formé de six «sages» du monde de l'éducation. La ministre demande toutefois aux commissions scolaires d'être «moins bureaucratiques» afin de «donner de l'oxygène» aux écoles.

«Il n'est pas question» d'accorder à l'école le statut d'une entité juridique autonome, a affirmé la titulaire de l'Éducation hier. Elle ne veut pas non plus permettre à l'école de recruter son propre personnel et de choisir elle-même comment dépenser son budget, une autre proposition du collectif.

Dans L'école comme établissement d'enseignement et la réussite, dont La Presse a révélé les grandes lignes hier, ce collectif soutient que les écoles étouffent, victimes de la bureaucratie et de la technocratie. Il est formé entre autres de l'ex-sous-ministre de l'Éducation, Robert Bisaillon, et de Paul Inchauspé, qui fut commissaire des États généraux de l'éducation.

«J'ai toujours dit depuis que je suis ministre de l'Éducation qu'il fallait moderniser un peu la gestion des commissions scolaires, a réagi Michelle Courchesne. J'ai toujours prôné ce rapprochement entre les parents et les écoles, et qu'on donne de l'oxygène aux écoles.»

Il faut, selon elle, «adapter davantage les façons de faire à la réalité du terrain», car «il n'y a plus de solution unique au Québec». «Les commissions scolaires doivent être moins bureaucratiques, et s'assurer qu'elles répondent aux besoins des enfants», a-t-elle ajouté.

La ministre est toutefois demeurée évasive sur les moyens qu'elle entend prendre pour changer la situation. Elle a rappelé l'adoption de la loi 88 l'an dernier qui vient serrer la vis aux commissions scolaires. Ces dernières sont maintenant tenues de consulter davantage les écoles, a expliqué Mme Courchesne.

Des propositions du collectif vont toutefois «trop loin», selon elle, comme celles visant à accorder une grande autonomie aux écoles. Les commissions scolaires doivent continuer de gérer les budgets et le personnel, de «jouer leur rôle administratif», a-t-elle dit. «Je crois encore au dialogue» entre les commissions scolaires et les écoles, «à la puissance et à la force de la concertation, en leur capacité de résoudre les problèmes autour d'une table».

De son côté, le critique de l'opposition officielle en matière d'éducation, Pierre Curzi, réclame «plus d'autonomie» pour les écoles mais pas autant que le collectif. Donner un statut d'entité juridique autonome à l'école et lui accorder toute la latitude sur la gestion de son budget et de son personnel, «ça me paraît beaucoup», a dit le député péquiste. À son avis, il faut surtout «plus de souplesse dans les programmes». Il constate que «les enveloppes budgétaires fermées des commissions scolaires empêchent des solutions adaptées à chaque école».

L'ADQ est le seul parti à appuyer l'ensemble des propositions du collectif. «Ce que nous proposions en campagne électorale, c'est exactement ce que le collectif des sages propose aujourd'hui, s'est réjoui le député Gérard Deltell. Les cinq recommandations du collectif, on le retrouve textuellement dans le mot d'introduction de notre chef dans un document de la dernière campagne.»

Dans ce document intitulé Pour une nouvelle école autonome, Mario Dumont écrivait: «Nous devons accorder aux écoles un véritable statut juridique avec tous les pouvoirs et devoirs que ça implique, et ainsi leur donner la latitude nécessaire pour remplir efficacement leur mission éducative. Des écoles véritablement autonomes seraient mieux à même de gérer leurs ressources humaines, matérielles et financières afin de revaloriser l'école publique et permettre à la communauté de s'impliquer dans la réussite des élèves».

Cependant, l'ADQ proposait et propose toujours l'abolition pure et simple des commissions scolaires, une option qui n'est pas retenue par le collectif. Ce dernier veut limiter leurs pouvoirs et les transformer en «organismes de service aux écoles».


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Dimanche 12 avril 2009

Cinq éléments pour renforcer l'école

Marie Allard     La Presse

1. Assurer la stabilité 

Les élèves du primaire qui gardent le même titulaire deux ans de suite réussissent mieux, indique le Collectif pour l'éducation. Au début du secondaire, ceux qui ont un nombre restreint d'enseignants ont eux aussi moins d'échecs, surtout les plus faibles. Si cela ne se fait pas plus souvent, «c'est parce que les règles et les pratiques d'organisation» ne sont pas prévues comme ça, expliquent les auteurs. Solution: il faut que l'école choisisse elle-même une équipe qui adhère à ses projets. «Les systèmes scolaires dans lesquels les écoles recrutent elles-mêmes leur personnel enseignant fonctionnent mieux et ont de meilleurs résultats», soutient le collectif.

2. Développer un sentiment d'appartenance

«Facile de s'identifier à une école quand elle est déjà prestigieuse», notent les auteurs. Mais quand, dans une polyvalente, les jeunes n'ont ni groupe stable ni salle de classe stable, et voient huit enseignants différents dans la semaine, comment développer ce sentiment? Demander aux profs d'enseigner plus qu'une matière est une piste de solution. «Il est temps de revoir ces éléments pour l'ensemble du système scolaire», avance le collectif. Quant aux arrangements locaux possibles, ils sont trop hypothétiques, tranchent les auteurs.

3. Créer des liens avec la communauté

Traditionnellement, c'est la commission scolaire et non l'école qui négocie avec la communauté. L'école ne peut, par exemple, signer de contrat pour louer son gymnase. Cela évolue et le collectif se réjouit du mouvement actuel vers l'école communautaire. Mais il avertit que ce ne sera pas facile. «Aller vers cette nouvelle orientation, c'est tellement aller à contre-courant de la logique du système constitué que pour qu'il ait lieu, le changement doit passer par des expériences-pilotes», souligne-t-il.

4. Diversifier les écoles

Les programmes spéciaux du secondaire (en arts, sports, etc.) ne doivent pas être réservés aux meilleurs, mais offerts à tous. Quant aux réseaux d'écoles (alternatives, vertes, entrepreneuriales, etc.) ils doivent être soutenus par le Ministère, «vu les effets de revitalisation» qu'ils produisent. Il faut enfin reconnaître le statut particulier de certaines écoles (petites écoles de villages, écoles défavorisées), ce qui justifiera de déroger aux règles habituelles quant à la durée d'affectation, aux primes, etc.

5. Revoir la gouverne de l'école

L'école devrait avoir «le statut d'une entité juridique autonome» en étant une corporation publique au sens du Code civil, avancent les auteurs. «Sujet tabou», reconnaissent-ils, puisque cela transformerait les commissions scolaires en organismes de service aux écoles. Mais sans cela, comment lutter contre le privé, qui en plus de sélectionner ses élèves, jouit d'une forme de gouvernance différente? Il faut aussi renforcer les conseils d'établissement, peut-être en les regroupant.


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Dimanche 12 avril 2009

Plus de latitude aux écoles, réclament des experts

Un collectif de six «sages» du milieu de l'éducation demande au Ministère de laisser une plus grande marge de manoeuvre aux écoles, pour assurer qu'elles répondent aux besoins spécifiques des élèves.

Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse

Marie Allard     La Presse

Pour lutter contre le décrochage scolaire, un collectif formé de six «sages» du monde de l'éducation dont l'ex-sous-ministre Robert Bisaillon et Paul Inchauspé, connus comme les pères de la réforme ne réclame pas des millions. Leur proposition? Donner aux écoles le pouvoir de se prendre en main et de trouver leurs propres solutions, au lieu de les paralyser avec des décisions venues d'en haut. Un cri du coeur qui va faire grincer des dents.

Ça va mal dans le système scolaire: les écoles étouffent, victimes de la bureaucratie et de la technocratie, selon un collectif de six sages du monde de l'éducation, qui lancent aujourd'hui L'école comme établissement d'enseignement et la réussite, obtenu par La Presse. Pris dans un système qui privilégie la norme au détriment des singularités, le personnel des écoles se démotive, ayant l'impression que son travail est désavoué par les commissions scolaires et le gouvernement. 

Il faut que cela change, lancent les six sages, qui rêvent d'une école efficace. Où l'équipe-école prend en main la réussite des élèves, en ayant «la latitude et les ressources pour mettre en place des interventions appropriées à leur situation particulière». Une école qui embauche son propre personnel et choisit elle-même comment dépenser son budget: en achetant des ordinateurs ou en payant le salaire d'un animateur pour la cour de récré?

Actuellement, «il n'y a pas de possibilité d'être créatifs et inventifs et de s'adapter aux besoins du moment», a dénoncé Serge Morin, ex-président de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE), l'un des auteurs.

«Essentiellement, on dit: qu'on laisse les écoles respirer et qu'on leur demande des comptes à la mesure des responsabilités qu'elles ont le droit d'assumer», a expliqué Robert Bisaillon, un autre des sages. Pour cela, «il faut alléger les encadrements», ceux des commissions scolaires, du ministère de l'Éducation, des syndicats, etc.

Changer le rôle des commissions scolaires

La ministre Michelle Courchesne l'a répété: le gouvernement dépense 841 millions par an pour prévenir le décrochage. Pourtant, un jeune sur trois n'a pas de diplôme du secondaire à 20 ans, un taux qui ne s'améliore pas depuis 20 ans. «Aujourd'hui, admettons qu'une ministre voudrait intervenir, quel programme de plus pourrait-elle bien mettre en oeuvre? Je serais incapable de lui dire», a souligné M. Bisaillon.

Au lieu d'ajouter un programme, il faut remettre en cause le système. «Les commissions scolaires ont eu le mandat, il y a 50 ans, d'organiser le système de façon à favoriser l'accessibilité, a rappelé Paul Inchauspé. Elles le font bien, sauf qu'à l'heure actuelle, le problème c'est la réussite.» Pas l'accès. «Les gens vont dire: est-ce que vous voulez la suppression des commissions scolaires? On n'en est pas là, a-t-il tranché. Mais il y a un contexte qui devra changer.»

«Est-ce qu'on peut donner à l'école la possibilité de faire un projet à court et moyen terme, sans que demain matin, d'en haut du Ministère arrive une directive, que de la commission scolaire arrive un formulaire, ou encore un programme sorti de nulle part?» s'est interrogé Jean Sauvageau, lui-même ex-directeur général de commission scolaire.

Si les auteurs font cette sortie maintenant, c'est qu'ils craignent les reculs, tant les équipes-écoles se démotivent. Aussi parce qu'ils estiment que la réforme devait mener à une plus grande responsabilisation des écoles. Or, dans certains endroits, «l'école est toujours considérée comme une simple succursale de la commission scolaire, la décentralisation des responsabilités y reste très limitée et les directions d'école ne sont pas partie prenante de décisions qui concernent leur école», notent les sages.

Assurer la stabilité

Une des priorités doit être d'assurer la stabilité du personnel, surtout en milieu difficile. «On travaille avec l'ancienneté à tout prix, mais est-on sûrs que c'est le bon moyen?» a demandé Serge Morin. «Peut-on garantir au flo qui entre à l'école un support affectif constant, d'une équipe qui va être la même pour un certain nombre d'années? a poursuivi Robert Bisaillon. Peut-on garantir à cette équipe qu'elle ne sera pas dans les pires conditions, qu'elle aura du développement, du mentorat, peut-être même des primes? On en a déjà parlé au Ministère.»

Outre la stabilité, quatre autres éléments sont nécessaires pour «renforcer le tissu de l'école», selon le collectif (voir encadré). Développer un sentiment d'appartenance, des liens avec la communauté, une diversité de projets et une plus grande autonomie. Le conseil d'établissement doit aussi mieux jouer son rôle, pour qu'en y participant, «les gens sentent qu'ils touchent aux vraies affaires et ne sont pas que l'équivalent des videurs de cendrier d'autrefois», a noté Robert Bisaillon.

Cette école idéale ne ressemble-t-elle pas aux écoles... privées? «Ce sont des éléments qu'on retrouve dans toutes les écoles du monde qui réussissent, qu'elles soient privées ou publiques», a répondu M. Bisaillon.

«J'ose espérer que le collectif va permettre une réflexion sociale, a commenté Chantal Longpré, présidente de la FQDE, à l'origine du collectif. On pense que la clé du succès pour rester accroché, c'est justement d'avoir une école singulière.»

Diane Miron, ex-présidente de la Fédération des comités de parents du Québec et Denis Massé, professeur retraité des universités de Sherbrooke et de Montréal sont aussi membres du Collectif pour l'éducation qui lance aujourd'hui L'école comme établissement d'enseignement et la réussite.


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