François Langlois - Commissaire de la circonscription no. 8 à la C. s. des Chênes
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Publié le vendredi 6 mars 2009

Vendredi 6 mars 2009

Un droit fondamental qui se négocie, est-il un droit ?

Faut-il s'étonner de poser une telle question ?

J'écrivais le 2 décembre 2008 (voir "Les trois partis d'opposition s'adressent aux Canadiens"):

Plan de support à l'économie canadienne dans un contexte de crise planétaire: Harper persiste à ne rien faire, et même pire si l'on en croit M. Dubuc, collaborateur du journal La presse.

Abolition d'un programme d'assistance juridique qui a aidé des groupes minoritaires à remporter une série de victoires historiques devant les tribunaux en rapport avec l'équité salariale: Harper s'entête.

Abolition du droit de grève aux fonctionnaires fédéraux jusqu'en 2011: Harper recule.

Financement des partis: Harper recule.

Ce n'est donc qu'une suite logique de notre gouvernement Conservateur qui, avec l'appui de l'opposition officielle libérale, s'obstine à restreindre un droit fondamental des femmes, en leur refusant le droit élémentaire d'assistance, dans ce cas-ci syndicale, pour assurer que leur soit accordée une possibilité de défense équitable proportionnée. Ainsi, la femme se croyant lésée par une position patronale qu'elle croit injuste ou inéquitable se trouvant ainsi seule à se défendre face à l'appareil gouvernemental.

On ne parle pas ici de droit syndical, mais bien de droit social, pour ne pas dire humain. L'action syndicale n'étant qu'une assistance fournie auprès de ses membres pour équilibrer la puissance organisationnelle gouvernementale par rapport à une personne en manque de moyen financier et de capacité juridique limitée, incapable pour madame "tout le monde" de se démêler dans les méandres de notre système de justice.

Si le gouvernement refuse ce droit de représentativité aux syndicats auprès de leurs membres féminins, après avoir le  aboli le programme d'assistance juridique au groupe minoritaire, qui le fera ?

L'ombudsman ? La pression populaire ?


La Loi sur l'équité dans la rémunération du secteur public, qui fait partie de loi C-10 ou Loi sur l'exécution du budget, a été adoptée jeudi, en troisième lecture, à la Chambre des communes. Ce document de plus de 500 pages modifie les droits des travailleuses à réclamer un salaire égal à celui des hommes pour un travail d'égale valeur.

La loi enlève notamment aux travailleuses du secteur public le droit de déposer des plaintes en matière d'équité salariale auprès de la Commission canadienne des droits de la personne. Les litiges seront désormais tranchés par la Commission des relations de travail dans la fonction publique, ce qui éliminerait les recours aux tribunaux.

Les syndicats se voient aussi interdits de représenter leurs membres s'ils désirent porter plainte pour discrimination salariale.

Enfin, la question de l'équité sera incluse dans les négociations des conventions collectives.

Une approche proactive, selon le gouvernement

« L'approche actuelle est curative et inefficace. On veut agir de façon proactive, c'est-à-dire que le concept d'équité salariale sera traité immédiatement dans le processus de négociation collective », a expliqué le ministre Christian Paradis sur les ondes de Radio-Canada.

Et de conclure: « C'est inacceptable que des femmes doivent attendre 15 ans pour voir l'issue de leur recours. Ça va aller beaucoup plus vite maintenant ».

En 2004, une commission avait pourtant recommandé de séparer l'équité de la négociation salariale, ce dont le gouvernement n'a pas tenu compte. Le gouvernement fédéral, principal employeur du pays, a changé les règles du jeu, car il estimait que l'actuel processus devant la Commission fédérale des droits de la personne était long et coûteux.

C'est tout à fait contraire à ce qu'est un droit fondamental, qui ne peut pas être négocié.

— Marie-Thérèse Chicha, professeure de relations industrielles à l'Université de Montréal

Du côté syndical, cette décision provoque un tollé. Commentant l'ancien fonctionnement, Annick Desjardins, avocate au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), estime que le gouvernement faisait preuve de résistance. « S'il ne résistait pas, s'il s'asseyait et faisait le travail, ça ne serait pas coûteux », ajoute-t-elle.

Elle déplore la nouvelle situation, estimant que « le syndicat n'a pas les outils pour le négocier ».

L'équité salariale en pratique

La municipalité de Drummondville a appliqué le principe d'équité salariale en comparant des emplois à prédominance masculine avec des postes à prédominance féminine. Parmi les critères retenus figurent la scolarité, l'expérience, la responsabilité, la force physique, etc. Résultat de cette analyse: « Cela a permis de se rendre compte qu'il n'y avait pas d'iniquité quant au sexe », commente le directeur général de la ville, Claude Proulx.

Le secteur privé s'y met aussi, comme l'entreprise Provigo. L'entreprise, qui compte plus de 20 000 employés au Québec et en Ontario, a elle aussi décidé d'appliquer le principe et a obtenu des résultats satisfaisants. « Notre entreprise a toujours travaillé pour que l'offre salariale soit transparente, équitable et intéressante. C'est un élément de rétention du personnel, qui peut conduire d'autres personnes à venir travailler chez nous », commente Josée Bédard, directrice des affaires corporatives de l'entreprise.

Entre libre marché et inégalités systémiques

Les conservateurs invoquent la loi du marché pour réguler les salaires. Ce concept est notamment défendu par Tom Flanagan, professeur de sciences politiques à l'Université de Calgary et conseiller de Stephen Harper. « Ma prémisse de base est que les salaires sont fixés par le marché. Je suis opposé à faire autrement ». Il cite en exemple le secteur pétrolier, qui doit livrer concurrence à d'autres pays producteurs et ne peut pas payer plus que ce que détermine le marché, soutient-il.

L'équité salariale était l'une de ces très mauvaises idées des années 70, comme les cheveux volumineux, les survêtements de sport en polyester, le contrôle des prix et des salaires et Pétro-Canada.

— Tom Flanagan, dans une lettre ouverte au Globe and Mail

Un point de vue que rejette Annick Desjardins, du SCFP: « les lois du marché ont démontré que nous n'arrivions pas à corriger les iniquités, parce que c'est une discrimination systémique ».

Si nous avons besoin de discriminer la moitié de la population pour être concurrentiels, je pense que nous avons un problème majeur.

— Annick Desjardins, avocate au SCFP

En ce qui concerne les coûts, Marie-Thérèse Chicha, qui a siégé à la commission de 2004, affirme qu'ils sont supportables: « Il n'y a pas d'entreprise qui ait fait faillite à cause de ces coûts. Il s'agit de 1 à 2 % de la masse salariale et les ajustements sont en général étalés sur plusieurs années. »

Un amendement avait été proposé au projet de loi C-10 devant le comité des Finances, mais il a été rejeté, notamment par les libéraux qui ont appuyé le budget conservateur. Le Parti libéral a toutefois publié un communiqué jeudi déclarant que le gouvernement Harper « continue de faire honte au Canada sur la scène internationale ». Dans sa liste de griefs, le Parti libéral cite l'équité salariale.

Il n'empêche, « Nous avons été déçues, il n'y avait aucun risque politique », commente Annick Desjardins au sujet du rejet de la motion par les libéraux.

L'avocate du SCFP entend mener une lutte juridique sur la question de l'équité salariale: « Nous nous embarquons dans un litige probablement d'ordre constitutionnel majeur pour les prochaines années. La liberté d'association, le droit de négociation collective et le droit à l'égalité des femmes sont attaqués. »

Le Canada devant l'ONU

Le Canada est passé sous la loupe de l'ONU au sujet de l'égalité des femmes, jeudi, avec la comparution de la ministre canadienne de la Condition féminine, Helena Guergis, devant la Commission de la condition de la femme des Nations unies.

Une quarantaine de Canadiennes représentant des syndicats et des organisations féministes ont battu le pavé devant le siège de l'ONU à New York. Leur but: dénoncer le bilan du gouvernement Harper en la matière, surtout au niveau de l'équité salariale.

Parmi elles, Patty Ducharme, vice-présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada. Elle estime que le gouvernement tente ainsi de décourager les femmes de porter plainte.

 


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Vendredi 6 mars 2009

Interdire la vente d'eau embouteillée ?

 

François Cardinal     La Presse

Haro sur l'eau

La Fédération canadienne des municipalités se penchera ce week-end sur une étonnante résolution demandant à toutes les villes d'interdire la vente d'eau embouteillée dans les lieux qui sont sous leur juridiction. Pendant ce temps au Québec, où le gouvernement juge négativement cette idée, les voix se multiplient pour exiger une consigne sur les bouteilles d'eau. Laval vient tout juste d'ajouter sa voix à celle de l'Union des municipalités en ce sens. À ce jour, 27 villes canadiennes ont éliminé l'eau embouteillée de leurs installations.


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Vendredi 6 mars 2009

Les écologistes avaient-ils tort de s'énerver?

François Cardinal     La Presse

Les écologistes étaient fort inquiets, au début des années 1990, lors de la signature de l'ALENA. Ils craignaient que certaines dispositions de l'Accord donnent aux multinationales un pouvoir plus grand encore que celui dont jouissent les gouvernements.

Puis leurs appréhensions se sont perdues dans le bruit ambiant. Les militants avaient-ils tort de s'énerver? Brandissaient-ils des épouvantails? La réponse viendra avec le dénouement de la poursuite du géant Dow contre le Code de gestion des pesticides du Québec.

En effet, la multinationale s'appuie sur la clause la plus décriée de l'ALENA - le fameux chapitre 11 - pour exiger le versement d'une indemnité de plusieurs millions de dollars. En bannissant le 2,4-D, le gouvernement québécois a fait subir à Dow «l'équivalent d'une expropriation» et doit donc le dédommager, clament les avocats de la compagnie.

Il s'agit du premier véritable test du chapitre 11, ou du moins, de ses aspects les plus décriés par les écologistes. Car ce différend pose la question maintes fois soulevée dans le passé : l'ALENA accorde-t-elle la primauté du commerce sur l'environnement?

À ce jour, malgré toutes les inquiétudes formulées contre «l'infâme» chapitre 11, aucune poursuite n'a réellement amoindri ou restreint les pouvoirs des gouvernements. Aucune cause n'a véritablement empêché les autorités de légiférer en matière de protection de l'environnement.

Remarquez, la poursuite qu'intentera Dow ne remet pas en question, elle non plus, le droit des gouvernements d'édicter des règles et des lois. Elle pose une question beaucoup plus insidieuse : les gouvernements, les provinces et les villes doivent-ils dédommager les entreprises pénalisées par les décisions qu'ils prennent dans l'intérêt public?

«C'est peut-être la vingtième poursuite déposée en vertu du chapitre 11, mais c'est la première qui soulève directement cette question-là», précise Simon Potter, spécialiste du commerce international chez McCarthy Tétrault.

D'où l'importance de cette cause, qui fera assurément jurisprudence. Alors que les pouvoirs publics se montrent plus prêts que jamais à agir pour protéger l'environnement, le jugement qui sera rendu les encouragera à aller de l'avant en fermant la porte à d'autres poursuites du genre. Ou au contraire, elle l'ouvrira toute grande.

Le cas échéant, on peut craindre l'effet «douche froide», communément appelé le «chilling effect». Les gouvernements pourraient en effet s'abstenir de proposer des règlements, aussi justifiés soient-ils, de crainte d'avoir à en découdre devant les tribunaux, d'avoir à verser des millions à des entreprises qui se sentent injustement traitées.

Autrement dit, le chapitre 11 pourrait bien rendre «les gouvernements frileux d'élargir leur sphère d'intervention publique», comme l'a récemment déploré le Réseau québécois sur l'intégration continentale, une coalition syndicale qui exige la renégociation de l'ALENA.

Bien des Canadiens ont sursauté lorsque Barack Obama, alors candidat à la présidence, a menacé de rouvrir l'ALENA l'an dernier. Se concentrant sur l'impact qu'aurait une telle décision sur les exportations entre les deux pays, on a peut-être balayé un peu vite ses propos sur «les droits élargis aux investisseurs» qu'accorde l'ALENA, ou sur l'impact de ce dernier sur «la protection de l'environnement».

Une décision favorable à la multinationale Dow pourrait en inciter plusieurs à frapper à la porte de la Maison Blanche pour exiger, à leur tour, une renégociation de l'accord.

***

250

C'est la quantité de pesticides qui sera bientôt bannie en Ontario. À quelques jours du dépôt de la poursuite de Dow, le gouvernement McGuinty a suivi l'exemple du Québec en annonçant un plan encore plus ambitieux, visant à interdire les pesticides utilisés à des fins esthétiques dès le 22 avril prochain, Jour de la Terre.

«Imaginez-vous au volant de votre voiture jetant un sac de 500 g. d'ordures par la fenêtre...»

C'est précisément ce que vous faites à chaque kilomètre parcouru, en rejetant l'équivalent de ces déchets en CO2, précise Thomas L. Friedman, chroniqueur du New York Times, dans son dernier livre La Terre perd la boule. Tout juste traduit en français, cet excellent essai promeut une révolution énergétique verte.


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